La difficulté du travail de peintre de Anne Strasberg est sa définition même. Elle-même se définit comme peintre autodidacte naïve-primitive-impressionniste. Née en France, mariée à un américain, ses origines celtes et basques lui font dire que la France et les Etats-Unis sont ses deux pays. Héritière des peintres autodidactes itinérants, elle ne peut être confondue avec ces merveilleux peintres illustrateurs qui quelquefois se réclament de l’école naïve. La plupart de ces peintres ne sont pas autodidactes ; ils n’ont pas non plus l’innocence d’esprit qui est au cœur même de cette école. C’est cet esprit qui définit ces artistes qu’on les dénomment naïf, primitifs ou « sans école précise ».
Les peintres favoris de Anne sont Le Douanier Rousseau et les Impressionnistes. Les
acheteurs de sa peinture la comparent souvent à Grandma Moses. Cependant le travail de
Anne par la variété de ses sujets, de ses couleurs et des ses ciels, la distingue d’autres artistes naïfs, pour les amateurs de ce genre d’école de peinture. La dénomination « peintre naïf » aujourd’hui peut être perçue comme un compliment : une façon simple, naturelle, ingénue comme le sont de nature les enfants ou au contraire comme une critique : un manque d’habileté et d’analyse, sans effet artistique, et manquant de sophistication et d’outil sur le monde. Les Afro-Américains, les Communautés Indiennes Américaines, les ethnies du monde entier aussi bien que les sans « écoles définies » évitent la possibilité de remarques négatives des peintres naïfs. Toutefois, le Dalaï-Lama, les Amish, les Indiens-Américains de n’importe quelle tribu indienne pourraient-ils être apparentés au vocable « naïf » , sous prétexte de leurs croyances d’origine ou de leur façon de percevoir le monde ? Dans ce contexte « naïf » se rapproche d’une pureté d’esprit, d’innocence, même si ces qualités sont parfois considérées comme indésirables chez un adulte.
Nombre de galeristes et d’amateurs d’art discutent sans fin sur les variations de couleurs et la lumière qui se dégagent de ses peintures. Quelque-uns pensent qu’être autodidacte est une erreur. Anne rectifie cette remarque en disant qu’elle voyage beaucoup et que la lumière n’est pas la même suivant les lieux et ses multiples sujets d’inspiration. Cette qualité est inhabituelle chez une artiste naif, confirmée en cela par les galeries qui vendent aux acheteurs qui viennent du pays d’origine du tableau ou de l’endroit géographique peint par Anne. Les peintres, comme tous les artistes, transforment le monde. Leur réflexion sur la vie, exprimée dans leur art, nous permet de comprendre le monde avec des perceptions autres, avec des yeux neufs. Notre monde se transforme grâce à leur interaction, nous percevons le monde autrement. Voir la vie avec son cœur, avec des yeux simples et honnêtes, permet de vivre dans un monde simple, plein de moments heureux. Même si le sujet n’est pas gai, s’il est représenté de façon naïve, les complexités, les douleurs et les difficultés de la vie le rendent vrai. Il est arrivé qu’Anne présente un tableau à sa galerie parisienne qui la représentait avec son ex-belle-sœur
toutes les deux devant l’entrée du cimetière Montparnasse. Elles s’étaient donné rendez-vous pour aller voir la tombe de l’ex-belle-mère d’Anne. La réaction de la galeriste a été « Oh, mon Dieu, surtout pas, c’est triste ». Ironie de l’histoire, un amateur d’art est tombé amoureux de ce tableau et il a été vendu en une semaine.
Il serait faux de confondre « Naïf » avec stupidité ou manque de talent. Dans le cas de Anne, il s’agit de choix conscient. Dans le travail d’Anne, il faut bien comprendre que être « naïve » c’est être rebelle, refuser de voir le monde telle que la majorité des gens souhaitent que vous le regardiez. Somme toute, nommez-la comme vous l’entendez aussi longtemps que vous restez admiratif de son travail et de son monde.
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